Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /Juil /2009 11:59

Le sage dîna un jour à la table d'un milliardaire, qui avait un rêve fou. Il voulait effectuer un voyage dans l'espace avec un quatuor de musiciens, afin d'y enregistrer le quintette avec clarinette de Mozart. La capsule était prête, il ne restait plus qu'à trouver les spationautes-musiciens.

« Ce sera la première œuvre musicale enregistrée dans l'espace, expliqua-t-il. Nous jouerons en apesanteur. Je suis sûr que Mozart aurait été enthousiasmé par l'idée. A écouter sa musique, je ne peux m'empêcher de penser qu'il a dû plus d'une fois lever les yeux vers les étoiles du firmament afin d'y puiser son inspiration si parfaite, si équilibrée, si sensible, vivifiante et lumineuse.

C'est un rêve magnifique. Comment l'idée vous est-elle venue ? demanda le sage.

Une nuit, vers la fin de mon adolescence, j'ai fait ce rêve magique d'un orchestre symphonique installé sur la Lune, dans un décor de poussière d'étoiles immobile et argentée sous la clarté crépusculaire, jouant une symphonie dont les harmonies silencieuses pénétraient et soutenaient l'équilibre des galaxies scintillantes. C'est ce jour là que je me suis éveillé à mon chemin, à mes rêves, et que la vie a pris tout son sens pour moi. Par la suite j'ai souvent eu le sentiment que cet orchestre devait jouer la Jupiter, la dernière symphonie de Mozart ; elle me procure toujours la même sensation cosmique, elle résonne étrangement avec ce vieux rêve en moi. Mais bien sûr, il est encore impossible de le réaliser tel quel. J'ai donc choisi une œuvre plus réduite, qui sera jouée dans une capsule spatiale. »

Les convives étaient captivés par les paroles du milliardaire. Pourtant une invitée demanda :

« J'imagine que tout cela va vous coûter énormément d'argent. Pourquoi ne pas l'utiliser pour réduire la souffrance des gens qui ont faim sur Terre, plutôt que de dilapider cette fortune pour un rêve inutile ? Le fait de posséder autant d'argent devrait vous donner l'énorme responsabilité de l'utiliser au mieux !

Ne croyez pas que je n'aie pas réfléchi à ces questions, répondit posément le milliardaire. J'en suis arrivé à la conclusion suivante : seul l'argent qui dort, qui s'accumule au fond d'un coffre-fort, ne profite pas au monde. Et cela ne devrait pas exister. En dépensant mon argent pour réaliser ce rêve, je donne du travail à des tas de gens et d'entreprises, qui en ont besoin pour vivre, à l'autre bout de la chaîne. Tant que l'argent s'écoule de poche en poche, il nourrit le monde. Même lorsqu'elle tombe en haut des montagnes, l'eau de la pluie finit un jour par rejoindre la mer, si l'on n'a pas construit un barrage sur sa route. Et en s'écoulant, elle rend les terres fertiles et alimente les nappes souterraines.

« Ainsi, l'argent de mon rêve est aussi bénéfique au monde qu'une œuvre de charité, sauf qu'il l'est de manière invisible. Je suis convaincu que si tout le monde se mettait, comme moi, à dépenser son argent pour vivre ses rêves les plus fous et les plus futiles, demain la faim n'existerait plus.

Voilà des paroles pleines de sagesse, conclut le sage. En allant au bout de vos rêves, vous permettez aux gens de rêver, et vous offrez au monde ce que vous avez de plus profond à donner. Et vous avez raison, la planète deviendrait un endroit bien meilleur à vivre si tout le monde en faisait autant, à son échelle.

« Car si la création se fait dans les deux sens entre l'homme et Dieu, elle se fait aussi dans les deux sens entre l'homme et l'homme : c'est en regardant au fond de soi-même que l'on peut changer le monde qui nous entoure. En œuvrant pour ses rêves les plus intimes, on s'offre véritablement à l'univers.

« C'est l'unique raison pour laquelle Dieu a placé ces rêves en nos cœurs et nos âmes : voyez-vous comment, en Son infinie sagesse, Il a tout prévu pour que Ses enfants puissent se réjouir et trouver leur propre bonheur tout en réalisant Son œuvre magnifique ? »

Par Ludovic Sérou
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Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /Juin /2009 19:45

Le sage s'adressait ce jour-là à un groupe d'enfants venus l'entendre raconter des histoires.

« J'ai connu un homme, commença-t-il, qui, après avoir beaucoup écouté la parole des maîtres, s'imagina être comme eux. Il décida de se faire ermite, et se construisit une jolie cabane au bord d'une rivière, là-haut dans les montagnes.

« Un berger qui faisait paître ses moutons sur les versants de cette vallée vint lui rendre visite. Il l'avertit qu'une famille de serpents venimeux vivait dans la rivière, et qu'il devait faire attention. Le berger avait déjà perdu deux de ses brebis qui s'étaient faites mordre. La veille encore, un serpent avait failli lui prendre un agneau, mais il avait réussi à le tuer avant qu'il n'injecte son venin dans la patte du jeune animal.

« L'ermite réagit aussitôt et se récria : ''Mais il ne faut pas tuer les serpents ! C'est de l'inconscience. Ils ont leur utilité dans le cycle de la nature, comme toutes les autres créatures que le Seigneur a placées sur la Terre. Ne comptez pas sur moi pour leur ôter la vie ; ce serait un crime. Je ne suis pas comme cela. Je préfère les laisser tranquilles.''

« Perplexe, le berger le laissa à sa contemplation et retourna surveiller ses moutons. Ce fut bientôt l'époque de la transhumance, et il partit avec son troupeau pour le royaume des hauteurs.

« Quand il redescendit dans la vallée, plusieurs mois plus tard, il découvrit le jeune ermite allongé sur sa paillasse, la jambe noire et enflée. Il était mort. Un serpent de la rivière avait fini par le mordre.

« Le berger regarda ses moutons et leur dit : ''Ce jeune homme avait sans doute un grand respect pour le cycle de la vie ; sa seule erreur était de ne pas s'inclure lui-même dans ce cycle. Avant de pouvoir protéger la nature, il faut d'abord savoir se protéger soi-même.''

« Alors les brebis lui répondirent : ''Tu sais, pour que tous puissent trouver leur place dans le cycle de la vie, il faut que chacun puisse s'accorder le premier rôle. Dans la nature, personne n'a à se soumettre sans lutter.''

 

« Voyez-vous, mes enfants, quand vous vivrez votre vie, quand vous suivrez votre chemin, c'est chaque jour et à chaque instant que vous devrez interroger votre conscience, comme si c'était la première fois. Car chaque situation est unique, et vous offre une chance toute neuve de choisir qui vous voulez être et de l'offrir au monde.

« Il peut être parfois très noble de se sacrifier, mais si vous voulez suivre intelligemment le chemin, vous devrez parfois agir différemment afin de rester en vie, vous et vos rêves.

« Ainsi, n'érigez jamais en principe de toujours, ce que vous dicte votre conscience un jour. Dieu vit à l'intérieur de vous. Si vous voulez vivre en Lui, il suffira de rester ouvert, toujours à l'écoute de votre conscience qui coule comme une source toujours renouvelée, et qui est plus puissante que le reste du monde.

« Souvenez-vous : il n'y a pas de bon ou de mauvais choix. Quand vous devrez choisir, il vous suffira de savoir pourquoi vous le faites. Quand vous saurez écouter ce que dictent votre cœur et votre âme, tous vos anges se réjouiront ; et alors vous pourrez les connaître. »

Par Ludovic Sérou
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Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 12:09

« La sagesse, c'est l'art de l'Equilibre.

« Quand vous lisez, quand vous regardez un paysage, quand vous sentez l'arôme d'une fleur ou éprouvez la légèreté d'une étoffe, ouvrez votre âme et laissez y pénétrer le souffle de la profondeur.

« Considérez avec volupté toute la valeur d'une idée, enivrez-vous de la musique d'un mot, évadez-vous dans la perfection d'une plante ; sans jamais chercher à comparer avec d'autres plantes, d'autres mots, d'autres idées.

« Alors vous rencontrerez l'Equilibre, et avec le temps, vous parviendrez à le cultiver ; chacun de vos gestes, chacune de vos paroles, chacune de vos pensées sera le fruit de l'Inspiration que Dieu aura semée sur vos terres, et vous en ressentirez toute la force et la beauté, comme chacun pourra les sentir en vous.

« Equilibre – telle est la rose au milieu du chaos. »

Par Ludovic Sérou
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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 21:49

Le sage s'en alla au marché d'Akbar. Derrière l'étal du fromager, un jeune homme paraissait fort triste. Le sage s'approcha de lui.

« Pourquoi es-tu triste ? » demanda-t-il au garçon.

Celui-ci poussa un soupir.

« Je rêve de partir voir le monde.

Alors, pourquoi ne pars-tu pas ?

J'y ai beaucoup pensé, répondit le garçon. J'ai pensé à toutes les merveilles qu'il me serait donné de voir, toutes les belles rencontres que je pourrais faire, et toute la joie que cela m'apporterait. Mais je pense aussi à toute la fatigue, la misère, les dangers du voyage, et l'obligation de mendier quand je n'aurai plus de quoi assurer ma subsistance. Sans compter la douleur de devoir abandonner au fur et à mesure les gens et les endroits que je viendrai à aimer, pour replonger toujours dans l'inconnu. Et si un jour je reviens ici, je ne serai pas plus avancé, et en plus j'aurai perdu mes brebis, mes fromages, mon commerce, et je devrai encore mendier dans mon propre pays. Alors, à quoi bon partir à la poursuite de mon rêve, si je sais déjà à quoi ressemblera la route ? »

Le sage perçut toute la frustration du garçon, et vit aussi dans ses yeux le fol espoir que le vieil homme lui prouvât qu'il avait tort. C'est pourquoi il lui fit la réponse suivante :

« D'accord, tu as pensé à tout cela, tu y as bien pensé, et maintenant tu te dis que tu sais. Mais si cela était suffisant, je ne t'aurais pas trouvé malheureux aujourd'hui, n'est-ce pas ? »

Il prit la main du petit fromager.

« Rappelle-toi : s'il suffisait de savoir les choses, nous n'aurions pas besoin d'être ici-bas ; si Dieu nous a envoyé sur Terre, c'est pour les vivre, mon ami. Voilà quel est Son plus grand cadeau. »

 

Quand le sage revint au marché la semaine suivante, le fromager et son étal n'étaient plus là. Il fit une prière pour le jeune homme, et il reprit ses courses en souriant. Désormais, il allait devoir se passer de fromage.


 

 

φ


 

 

L'histoire ne dit pas ce qu'il est advenu du garçon ; mais le conteur aime à penser qu'il s'agit du même homme qui revint s'installer à Akbar, bien des années plus tard, après avoir sillonné de nombreuses contrées ; de chacune, il avait ramené une épice différente. Il s'installa comme marchand d'épices sur le marché d'Akbar. Grâce aux contacts qu'il avait établis lors de ses voyages, il contribua à ouvrir de nouvelles voies commerciales, et devint vite le plus riche habitant de la cité. Il tomba amoureux de la fille du gouverneur, qui la lui donna en mariage ; ils fondèrent l'une des familles les plus durables et les plus influentes de toute la Phénicie.

Qui sait ce qui peut arriver à qui choisit de poursuivre ses rêves ?

Par Ludovic Sérou
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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /Juin /2009 10:33
 

« Si vous voulez connaître le bonheur, souvenez-vous de n'avoir aucune certitude. »

Par Ludovic Sérou
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